Hong Kong : Lettre publique d'une dirigeante syndicaliste emprisonnée

Note 1 : Lorie Lai, présidente du Syndicat général des orthophonistes de Hong Kong (General Union of Hong Kong Speech Therapists – GUHKST), a été arrêtée avec l’ensemble du Comité exécutif du syndicat par la Direction nationale des forces de police, pour la série de livres d’histoires pour enfants, prétendument séditieuse, éditée le 22 juillet par le syndicat.

Elle et la vice-présidente ont été inculpées et placées en détention provisoire le jour suivant. Les autres membres du Comité exécutif ont également été inculpé.es et placé.es en détention provisoire le 30 août.

En outre, les autorités ont notifié à la mi-août la révocation de l’enregistrement légal du GUHKST, en invoquant le motif de « l’utilisation du syndicat à des fins illégales ou incompatibles avec ses objectifs ou ses règles ».

tiré de Entre les lignes et les mots

Publié le 9 septembre 2021

https://entreleslignesentrelesmots.blog/2021/09/09/hong-kong-lettre-publique-dune-dirigeante-syndicaliste-emprisonnee/

Chers tous et toutes,

Je suis très reconnaissante que des personnes viennent me rendre visite chaque jour.

J’attends également avec impatience, tous les après-midi, les appels téléphoniques de membres du syndicat, et je suis ravie quand mon matricule d’incarcération est appelé.

Merci à tous et toutes de ne pas m’avoir oublié.

L’autre moment le plus attendu est la réception de lettres.

Dans la vie moderne, avec les smartphones, les conversations et les échanges d’idées deviennent plus faciles et plus immédiats – il n’y a plus de barrière dans la communication.

Ce n’est cependant qu’en étant en détention provisoire que j’ai réalisé l’importance de la communication. Chaque lettre pour moi est un pont vers le monde, et chaque mot qu’elle contient est porteur de signification. Désolée d’être sentimentale.

De temps en temps, de nombreuses personnes m’ont demandé dans des lettres ou lors de visites comment j’aimerais traiter tel ou tel problème.

C’est alors seulement que j’ai découvert la difficulté de prendre des décisions avec des informations limitées, surtout lorsque personne n’est là pour me conseiller ou me parler (j’aime vraiment reconnaître mes faiblesses). J’ai en effet besoin de l’avis de tout le monde.

Et aujourd’hui, dans les lettres, j’ai lu ce que Tonyee Chow avait écrit concernant sa demande de libération sous caution auprès de la Haute Cour. Cela m’a fait beaucoup réfléchir à la signification de ma détention provisoire, à toute cette affaire, ainsi qu’à mon point de vue sur ma situation actuelle.

Pour être honnête, étais-je mentalement préparée à cette arrestation ? Je dirais que oui.

Le/la fonctionnaire de police qui m’a conduite au tribunal m’a également demandé si j’avais prévu ces conséquences. « Mais les gens comme vous font ce que vous faites par conviction, n’est-ce pas ? » a-t-il/elle ajouté. Néanmoins, le fait de m’être mentalement préparé signifie-t-il que mes actions étaient injustes ?

C’est peut-être le véritable tourbillon qui m’a amené jusqu’ici qui explique pourquoi je ne cesse de me poser les questions qui suivent ces jours-ci.

* Plus la détention provisoire est longue, plus l’emprisonnement est court ;

* Plus tôt cela se produit, mieux c’est ;

* L’Etat de droit n’existe pas à Hong Kong, ne suis-je donc pas vouée à la captivité tôt ou tard ?

Les préoccupations pratiques écrasantes m’ont rendu aveugle en ce qui concerne la légitimité de l’ensemble du processus d’arrestation, de passage au tribunal et de détention provisoire.

Suis-je vraiment coupable ?

Sinon, quels sont les motifs pour m’arrêter et me mettre en détention provisoire ?

Je me souviens du texte d’une interview intitulé « Ne pas s’incliner devant la cruelle réalité… ». Regardez-moi maintenant, suis-je totalement vaincue, et donc en train de me soumettre à la cruelle réalité ?

Qu’en est-il de mes convictions et de mes aspirations ? Ont-elles été érodées ?

Il est indéniable ces derniers jours de captivité ont été assez confortables avec une routine quotidienne consistant à manger, dormir, lire, écrire et satisfaire mes besoins naturels. Bien que je ne sois pas sûre que ce confort soit réel, ou que je me trompe, il semble que se contenter du confort et se résigner à la réalité peut nous faire renoncer à penser dans l’adversité.

N’oubliez pas de garder la tête froide même si vous êtes emprisonné.es. Ce qui est dangereux, c’est qu’une fois habitué.es à ne pas réfléchir, vous renoncerez aussi à lutter et à défendre vos propres droits.

Bien que la situation nous soit de plus en plus défavorable aujourd’hui à Hong Kong, nos états d’esprit ont un effet sur la façon dont nous percevons la société et la réalité.

Nos corps peuvent être retenus captifs, mais nos esprits seront toujours libres. J’espère que nous pourrons tous nous accrocher à nos convictions et persévérer.

Lorie Lai, Centre d’incarcération pour femmes Tai Lam.

Note 2 : Avant que nous vous présentions dans le courant de la semaine d’autres mises à jour concernant les récentes attaques contre les syndicats de Hong Kong au cours des derniers mois, vous êtes les bienvenu.es pour écrire et montrer votre soutien aux dirigeant.es de GUHKST emprisonné.es.

ÉCRIVEZ aux dirigeant.es du syndicat GUHKST emprisonné.es :

olivialau@hkctu.org.hk

A PUBLIC LETTER FROM A UNION LEADER IN JAIL

https://mailchi.mp/hkctu.org.hk/a-public-letter-from-a-jailed-unionist-in-hong-kong?e=45cc88673a

Traduction non relue par l’intéressée : Union syndicale Solidaires

http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article59400