LES VIEUX CHUMS

Une critique sans trop divulgâcher.

L’efficacité est parfois dans les choses simples et c’est ce que nous prouve le dernier film de Claude Gagnon. Dans ce 10e long-métrage qui se veut une ode à la simplicité de la vie, celle où l’on se focalise uniquement sur ce qui compte. Justement, Pierrot veut remettre de l’ordre dans sa vie, mais également dans la vie de ses proches notamment Jacques, son meilleur ami, pour être tranquille lors du grand départ. Avec l’entremise de son chum, il veut fermer les livres, comme c’est si joliment dit. 

Un film qui nous plonge dans l’amitié, dans l’humour, dans les amours ou les regrets d’une vie avec les performances fortement appréciées de Patrick Labbé, Paul Doucet ou Hassan El Fad. Ces mêmes passages d’une vie qu’a connu Claude Gagnon dans de tristes pertes, transformant avec brio les peines personnelles en un récital qui embrasse la vie. Un pur bonheur pour les spectateurs!

Le journal Entrée Libre s’est entretenu avec le scénariste, réalisateur et producteur Claude Gagnon qui nous livre ses anecdotes et sa vision de son 10e long métrage, Les Vieux Chums :

Souley Keïta : Un film à la sensibilité autobiographique portant un regard sur la nécessité de pouvoir partir en bon terme et en pouvant jouir de déposer nos derniers « au revoir » à ceux que l’on a aimés. Était-ce crucial de mettre en lumière le « partir sans détruire » ?

Claude Gagnon : Cela était essentiel. À la base, c’était vraiment l’idée principale de ce film. Je suis souvent triste lorsque je vois des gens aigris par la vie dans des films, car je pense que vieillir est un privilège donc il faut trouver le moyen de jouir de cela. C’est un peu la même chose lorsque vient le temps d’être confronté à la mort et j’ai vécu cela avec mon ami d’enfance. J’ai été fasciné par sa générosité, par son altruisme et par sa volonté de donner aux gens qui resteraient en vie. Il nous a rassurés, il nous a fait accepter sa mort, mais également, il nous a évité d’avoir de la colère et de prendre le côté négatif de sa disparition à venir. Ces moments m’ont frappé, car j’ai passé une année à l’accompagner dans sa phase terminale et il m’a donné du pur bonheur, car on s’amusait, donc à travers mon film j’ai beaucoup insisté sur l’humour, la complicité très saine entre ces deux chums.

Souley Keïta : Dans cette vision autobiographique, il y a une phrase qui en ressort : « Le type qui n’appartient pas. » Est-ce que cette phrase définirait à merveille votre parcours, votre filmographie, votre vision du cinéma?

Claude Gagnon : Je pense que c’est essentiel pour les cinéastes, mais aussi pour n’importe quel artiste, de garder une distanciation par rapport à la vie notamment si l’on veut en parler. Il faut être capable de l’observer avec une certaine objectivité, dans la limite du possible. La distanciation nous aide à garder cette objectivité. Il est certain également que de ne pas appartenir est très dur. Je me souviens lors d’une conversation avec Anthony Quinn qu’il m’avait dit que certains artistes n’arrivaient pas à percer dans le milieu parce qu’ils n’étaient pas capables d’accepter le rejet. Accepter le rejet, c’est accepter le fait de ne pas appartenir. En tant que cinéaste, je reçois une reconnaissance à 71 ans, c’est un peu l’ironie de la vie (rires). J’ai eu une carrière qui s’est bien déroulée, mes films ont été bien accueillis par la critique et pour des films d’auteur, ils ont eu un certain succès commercial. Je n’ai jamais vraiment réussi à appartenir à un groupe comme tel, je ne faisais pas vraiment partie du cinéma québécois, car je tournais beaucoup au Japon ou aux États-Unis. C’est ce qui m’a empêché d’appartenir. J’envie beaucoup les cinéastes qui peuvent tourner avec les mêmes équipes sur de nombreux longs métrages, malheureusement, je n’ai jamais pu faire cela, car je changeais constamment de pays ou de ville. C’est une phrase qui me convient et que je voulais faire dire à mon personnage marocain qui est un philosophe.

Souley Keïta : Votre personnage Pierrot est à l’image de votre film, une ode à la simplicité de la vie, que ce soit dans la direction artistique épurée ou dans votre langage cinématographique avec de nombreux plans fixes. Était-ce important, au regard du film, de dire que l’on s’encombre trop souvent de conflits et de choses qui ne sont pas nécessaires?

Claude Gagnon : Absolument! J’ai passé 10 ans de ma vie au Japon et à travers cela il y a eu des films. D’ailleurs, la Cinémathèque a fait une rétrospective de mes 9 longs métrages et ce qui en ressortait le plus, était notamment l’économie des moyens que j’utilisais et le fait qu’ils soient ancrés dans une vérité. J’accorde une grande importance à cette façon de raconter les histoires, de respecter les axes non pas par conservatisme, mais parce que j’ai ce souci de vouloir communiquer avec le spectateur et de m’assurer que le sens puisse être compris comme il fautil en va de même pour les émotions.

Souley Keïta : Il y a un décor mural qui fascine et rappelle le Maroc, notamment dans la chambre louée par notre personnage, qui l’ancre sans cesse à son pays d’adoption, le Maroc et qui démontre que son passage à Saint-Hyacinthe est éphémère, parlez-nous de ce choix.

Claude Gagnon : Ce qui est assez fascinant, c’est que cela n’est pas du tout un décor. Nous sommes arrivés dans cette maison et la magie de la vie a fait que cet endroit était tel quel depuis 40.  Nous n’avons même pas peint le mur, nous l’avons laissé ainsi et cette maison abandonnée a été un des nombreux bons signes durant ce tournage. Ce fut un pur bonheur où nous avons eu de nombreux éléments qui tombaient en place sans que l’on soit obligé de se battre. Au cinéma, il y a toujours des problèmes de lumière, de température, etc. Pour ce film, tout s’est passé dans une harmonie totale.

Un film poignant, drôle, sincère sur l’amitié à retrouver dès ce vendredi 21 mai 2021, à La Maison du Cinéma. D’ailleurs le film de Claude Gagnon sera jumelé avec le très bon court-métrage Imelda 2 : Le Notaire de Martin Villeneuve.

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